vendredi 20 novembre 2009

Sunn & Pan Sonic / Che




















Blast First Petite, filliale de Blast First et de Mute, avait annoncé vouloir sortir un vinyle 10 pouces tous les mois pendant une année complète afin de fêter l’anniversaire (70 ans) et de payer le séjour en maison de retraite d’Alan Vega. Le but du jeu : sur la première face un artiste connu reprend Suicide et sur la face B on trouve un inédit ou un titre ultra rare de Suicide ou d’Alan Vega. J’ai depuis longtemps lâché l’affaire, n’ai rien suivi de cette série de disques, ces 10 pouces sont hors de prix, et je n’ai même pas jeté mon dévolu sur l’épisode avec Lydia Lunch (bien chroniqué ici, pour les curieux), au final complètement désintéressé par la liste des chanteurs/musiciens participant à cette opération humanitaire – en vrac dans ceux que j’ai croisés dans les bacs : The Horrors, Bruce Springteen ou Primal Scream… vraiment que du très lourd et du nauséeux.
Mais je me suis complètement fait avoir avec Che, une chanson maléfique à l’origine sur la deuxième face du premier album de Suicide et qui réussit l’exploit de ne pas passer inaperçue après les dix minutes de folie pure et simple de Frankie Teardrop. Cette nouvelle réinterprétation de Che est due à Sunn s’associant à Pan Sonic. Ce n’est pas tant la présence de Stephen O’Malley and C° mais cette association avec les électroniciens finlandais qui m’intriguait.

Première déception, ce n’est pas Pan Sonic qui joue sur ce disque mais Mika Vaino tout seul (Ilpo Vaisanen devait encore être à la pêche). C’est donc une version de Che interprété par Sunn & guests – les autres sont les habituels Rex Ritter et Steve Moore à l’orgue – que nous écoutons. Et c’est Joe Preston qui donne de la voix, une voix à la fois caverneuse et désincarnée, exactement l’opposée dans les graves de celle d’Alan Vega lorsqu’il avait enregistré Che en 1978. Une excellente reprise – appuyant sur le côté létal de l’original alors que la version des Spaceman 3 (en face B du single Revolution mais aujourd’hui dans les bonus de l’album Playing With Fire) insistait sur le côté halluciné. Six minutes d’intensité qui vous coûteront au minimum 10 euros.
On retourne quand même la galette pour entendre Alan Vega électronouiller un Thirteen Crosses (de son album solo Station publié en 2007) enregistré live en 2008. Puis, comme il restait de la place, on trouve une version voix et guitare acoustique de Goodbye Darling (de l’album Saturn Strip d’Alan Vega) par un certain Stephen Buroughs, parfait dans son imitation de Michael Gira du pauvre. Mais qui est Stephen Burroughs ? Tout simplement le chanteur de Head Of David, groupe britannique de la fin des années 80 récemment reformé comme tant d’autres et qui en son temps avait excellemment repris Rocket USA de Suicide. Il y a une certaine logique dans tout ça.


jeudi 19 novembre 2009

Le grand soir (in bed with Eugene)




















J’ai une vie trépidante. Lundi, 19 heures, j’expédie trop rapidement les dernières tâches courantes, manière bien élégante et polie pour dire que je torche comme un malpropre tout ce qui me reste à faire avant de fuir mon lieu de travail : je m’apercevrai dès le lendemain – mais heureusement pas trop tard – que j’ai fait au moins deux conneries assez énormes qui maintenant me font bien rire.
19 heures 30 : ça y est je suis sur mon vélo et il va me falloir à peine une demi heure pour traverser Lyon du sud au nord et arriver au Rail Théâtre. La blague du jour consistait à savoir si les organisateurs du concert du jour étaient réellement sérieux en indiquant 20 heures sur le fly comme horaire d’ouverture… heureusement tout était vrai : lorsque j’arrive les portes du Rail Théâtre sont grandes ouvertes et les gens qui attendent dehors fument tranquillement leurs clopes, décontraction totale. Aux entrées je salue un jeune parisien arriviste installé à Lyon depuis seulement deux mois et qui a déjà trouvé le moyen d’intégrer l’équipe de bénévoles du lieu. Je lui demande de me faire rentrer à l’œil, ce qu’il refuse.
A l’intérieur le stand de merchandising d’Oxbow est plutôt pauvre, les deux bouquins d’Eugene Robinson, The Narcotic Story en LP, les fameuses serviettes de bain (reprenant un vieux visuel que le groupe avait utilisé pour un t-shirt à l’époque de Serenade In Red) et puis surtout les derniers exemplaires en vinyle de Songs For The French que le groupe avait emportés avec lui pour cette tournée. Je ne sais absolument pas ce qu’il y a sur ce nouveau disque mais j’en embarque un direct. Puis je regarde la salle se remplir doucement mais sûrement.

















J’espérais qu’il y aurait un peu de monde pour FiliaMotsa. Disons que le duo (violon et batterie) de Nancy ne recueillera que des applaudissements polis et froids. La prestation n’est pas excellente et le son est assez bizarre, pas très équilibré et en creux. Lorsque je me déplace du centre de la scène – le batteur se trouve sur la gauche – vers la droite – devant la violoniste – c’est déjà beaucoup mieux, on y entend de bien meilleure façon le travail mélodique (et parfois de sape) opéré par un violon renforcé d’effets multiples et souvent mis en boucle.
Mais il difficile de saisir toutes les subtilités du jeu de la violoniste, certains titres sonnent étrangement post rockeux, comme s’ils ne comportaient que des suites de notes tombant à plat – ce qui normalement est très loin d’être le cas. Ceux où distorsion et déstructuration arrivent à se frayer un chemin me conviennent nettement plus. Outre le violon qui parait trop unidimensionnel et sans saveur le batteur a un jeu pataud, pas très inspiré et je suis donc moins sous le charme que lors du précédent passage du duo en avril dernier.
Je crois surtout que la scène du Rail Théâtre était un peu trop grande (et trop haute) pour FiliaMotsa, que le groupe avait du mal à la remplir, à occuper tout l’espace et qu’une trop grande fébrilité a empêché les deux musiciens de s’affranchir – oui ils ont dit qu’ils étaient vraiment contents et super fiers d’ouvrir pour ce concert de Pneu et d’Oxbow mais ça les a peut être aussi perturbés. Moi, cela ne m’a pas empêché après leur set de leur acheter leur premier album, Tribute To KC, tout fraîchement gravé par Chez Kitokat et sérigraphié par Percolation. Lorsque à cette occasion les deux musiciens me demandent ce que j’ai pensé du concert je bredouille quelques explications foireuses, c’est toujours trop difficile d’expliquer que l’on n’a pas aimé autant que l’on aurait voulu.





















Arrivent donc les Pneu qui ont eux un tout autre plan d’occupation des sols. Pas de problème de scène trop grande ou trop haute, le duo tourangeau guitare et batterie va jouer par terre et au milieu de la salle. La batterie est toujours aussi rudimentaire, quant au guitariste il dispose désormais d’un deuxième ampli, à l’aspect tout aussi pourrave que le premier. Voilà : avant Pneu c’était un excellent moyen de devenir sourd en moins de deux minutes et je n’ose imaginer que cela peut donner maintenant. Je tourne la tête et j’aperçois juste à côté de moi mon petit parisien lui aussi bien décidé à ne pas en perdre une miette. Pneu c’est de la musique pour les gamins et je me sens tout de suite concerné.
Nos deux garçons ne mettent pas beaucoup de temps à s’installer, incitent les gens du public à se rapprocher dangereusement, à les coller (ce qu’ils redemanderont à plusieurs reprises lors du concert) et jouent un premier titre en forme d’échauffement. Un échauffement qui durera en fait quelques titres supplémentaires, non pas que le début du concert a été mollasson et/ou mauvais mais plus ce groupe joue et plus il devient complètement fou.
Le guitariste vous enquille des missiles incompréhensibles, à la punk, s’abstenant de répéter le même plan plus de deux fois tandis que le batteur fait tout son possible pour ressembler à un pantin désarticulé pendant qu’il frappe sa caisse claire ou ses cymbales. Nos Masters Of Muppets enfoncent un clou dans nos crânes, jouent avec, le tortillent dans tous les sens et le replantent juste à côté. Pneu achève son concert (et nous avec) par un titre lent et presque lourd, du doom parodique pourrait on dire, le genre de truc qui me fait définitivement redevenir un gosse. Et étrangement je m’aperçois que je ne suis pas encore totalement sourd.

















Il n’y aura pas d’effet de surprise après tout ce qui a été dit et lu au sujet de l’entrée en matière lors des précédents concerts d’Oxbow de cette énième tournée européenne (notamment celui de Paris et celui de Nantes). Le groupe commence sa prestation par un mini set acoustique au milieu du public. Guitare sèche pour Niko Wenner, un violoncelle pour Dan Adams, une caisse claire pour Greg Davis et pas de micro pour Eugene Robinson. C’est plutôt amusant mais complètement anecdotique, j’ai toujours trouvé que l’acoustique collait mal à la musique d’Oxbow et ce que j’entends ne me fait pas vraiment changer d’avis. J’attends donc avec impatience que l’électricité reprenne enfin ses droits. Et lorsque retentissent les premières notes de Babydoll je sais déjà que je vais adorer.
Parlons tout de suite de la qualité du son de ce concert. Les grincheux prétendent que comme d’habitude au Rail Théâtre/Grrrnd Zero il était vraiment en dessous de tout. Sans aller jusque là on peut en effet regretter l’absence de la basse pendant presque tout le concert et les quelques moments ou la voix a disparu, est devenue carrément inaudible (deux fois, pas plus…). Mais c’est le genre de détail dont on se contrefout complètement lorsque on passe presque la moitié d’un concert d’Oxbow le nez à moins de dix centimètres des couilles d’Eugene Robinson. C’est peu dire que ce type est un véritable monstre de scène, une présence inouïe et intacte. Derrière le reste du groupe assure plus que très bien – OK le bassiste fait ce qu’il peut et tire la gueule, il aimerait bien qu’on l’entende un peu plus – surtout Niko Wenner qui balance ses riffs bluesy trempés dans le chaudron noise avec une belle conviction et un talent fou. Ce soir on va donc avoir droit à la version musclée d’Oxbow.





















Le concert passe a une vitesse affolante, quelques nouveautés (des extraits de Songs For The French ?), plus de clavier pour Wenner et un titre diablement funky sur lequel Robinson se lance dans une imitation parfaite de la danse pelvienne d’André Williams lui-même en pleine imitation de Tina Turner ante chirurgie esthétique – petite danse qui colle parfaitement avec la nouvelle moustache de macro du chanteur/performer. Grandiose. Le groupe quitte déjà la scène et j’ai l’impression qu’il a tout juste joué un quart d’heure. Le genre de faille spatio-temporelle qui vous donne tous les pouvoirs surhumains de la terre et dont on voudrait qu’elle ne se referme jamais. Oxbow remonte sur scène pour ce qui va être ses deux derniers titres et joue un Over définitivement bouleversant, presque à en chialer.
L’après concert a un arrière-goût de gueule de bois, pas vraiment envie de retrouver mes esprits mais les commentaires qui fusent ici ou là m’y obligent quelque peu. Si certains sont très mécontents, d’autres essayent comme moi de rester sur leur petit nuage. Mon jeune ami parisien m’avoue lui qu’il n’a pas réussi à rentrer totalement dans ce concert, je crois qu’il est surtout déçu de sa déception et de ce rendez-vous demi raté – même impression que me donneront d’autres personnes encore. Et pourtant Oxbow a encore une fois prouvé qu’il était un groupe unique, inqualifiable, inimitable, grandiose, insurpassable : de la maîtrise autant que de la liberté, ce n’est pas donné à tout le monde.


lundi 16 novembre 2009

Oxbow, ce soir!




















Est ce que vous le reconnaissez ce jeune punk à crête ? Oui, c’est bien Eugene Robinson il y a plus de vingt ans, à l’époque de son premier groupe, Whipping Boy, sans tous ses tatouages et sans ses kilos de muscles de batailleur mais déjà avec une attitude de viens pas m’emmerder sinon tu vas le regretter.
Notre homme est en concert ce soir au Rail Théatre/Grrrnd Zero de Vaise avec ses petits camarades d’OXBOW, une sémillante moustache et un nouvel enregistrement sous le bras, Songs For The French. Autant dire que c’est l’un des concerts les plus attendus de l’année.

Pour chauffer la salle on aura droit à FiliaMotsa, un excellent duo violon et batterie de Nancy que l’on avait déjà pu apprécier en avril dernier à Grrrnd Gerland et Pneu, autre duo mais en version noise matheuse et foutraque et que l’on ne présente plus, quoique. Pour plus d’efficacité le guitariste de Pneu s’est offert un second ampli, bienvenue au pays des sourds.

C’est donc le moment de ressortir la sacro-sainte formule : tu viens ou tu crains.


[une video du tout récent passage d’Oxbow au Nouveau Casino de Paris par Mariexxme]


dimanche 15 novembre 2009

The Feelies / Crazy Rhythms




















Crazy Rhythms : je crois que l’on peut faire difficilement plus essentiel* que cette réédition du premier album des Feelies, disque datant déjà et de manière assez incroyable de 1980. Bar/None records et Domino (pour l’Europe) l’ont effectivement ressorti – en CD mais également en vinyle s’il vous plait – ainsi que The Good Earth (1986). Il y a tout un monde entre ces deux premiers enregistrements, six années ce n’est pas rien et surtout ce n’était plus vraiment le même groupe, plus exactement la même musique. A chacun alors de préférer telle ou telle période des Feelies. Le groupe a en effet survécu jusqu’en 1992 et quatre albums, a fait de nombreux émules, a pourri de désespoir tout ce que le petit monde indépendant américain pouvait compter de musiciens sans aucun talent. Mais Crazy Rhythms reste une sorte de pierre angulaire de l’indie rock U.S., une comète éternellement brillante en mode combustion perpétuelle et revenant nous éclairer régulièrement, magiquement.

Difficile donc de croire que cet album a déjà vingt-neuf printemps. Même si on ne l’écoute – ce qui est mon cas – que depuis une bonne vingtaine d’année, grâce au hasard d’une rencontre et d’une discussion nocturne. Crazy Rhythms a gardé intactes toute sa fraîcheur et toute sa pertinence. Son allant. Sa spontanéité. Un trésor de musique. A l’époque, outre la paire de guitaristes/chanteurs composés de Bill Million et de Glenn Mercer, The Feelies comprenait une section rythmique des plus étonnantes – et donc folle – avec Keith DeNunzio à la basse et Anton Fier à la batterie (qui connaîtra la carrière que l’on sait dans l’underground jazz et expérimental new-yorkais au sein des Lounge Lizards ou aux côtés de John Zorn). Ces deux là quitteront The Feelies, rendant définitif mais également inimitable l’esprit d’un premier album inégalé.
On objectera éventuellement que tous les titres de Crazy Rhythms ont été coulés dans le même moule avec rythmiques enlevées, guitares au son clair (marque de fabrique) et dissonances velvetiennes – au hasard European Son – comme sur le final incroyable de Loveless Love, chef d’œuvre archétypal et incontournable. C’est tout à fait vrai mais est ce réellement important lorsqu’on parle d’un album de neuf chansons et qui dure une grosse demi heure ? Evidemment non et heureusement non est on tenté de dire en même temps : la pop speedée de Crazy Rhythms se suffit à elle-même, est une définition du genre et avale au passage Everybody’s Got Something To Hide (Except Me And My Monkey), reprise d’un titre de l’album blanc des Beatles qui devient logiquement un titre des Feelies comme un autre. Brillant et essentiel.

Cette nouvelle réédition propose quelques bonus disponibles uniquement en mp3 et ce quelque soit la version – CD ou LP – que l’on s’est procurée. La bonne idée c’est de ne pas avoir remis la reprise de Paint It Black des Rolling Stones rajoutée sur la précédente réédition CD (1990) de Crazy Rhythms et qui n’avait rien à faire là puisque ni Keith DeNunzio ni Anton Fier ne jouaient dessus. Par contre on trouve la version single de Fa Cé-La, deux versions démo (The Boy With The Perpetual Nervousness et Moscow Nights) et deux titres live, Crazy Rhythms et une version amphétaminée et excellente d’I Wanna Sleep In Your Arms des Modern Lovers (le groupe de Jonathan Richman, encore un type terriblement en avance sur son temps).


* pourtant cette année est déjà bien chargée question rééditions incontournables avec les albums de Jesus Lizard chez Touch & Go, le Fuckfest d’Oxbow chez Hydra Head, les trois premiers albums des Beasts Of Bourbon chez Provenance records ou les deux uniques albums d’Iron Monkey chez Earache…


samedi 14 novembre 2009

The Austrasian Goat / Witch




















On ne va pas refaire tout l’historique de The Austrasian Goat ni expliquer le comment du pourquoi de ce qu’est l’Austrasie (en gros l’actuelle Lorraine, chèvres et petits démons cornus inclus) et puis pour toutes celles et tous ceux qui tiendraient quand même à obtenir absolument des explications complémentaires je les renvois directement à ces deux interviews - ici et surtout (certes elles commencent à dater). Non, le plus surprenant à propos de The Austrasian Goat c’est que son unique membre fait également partie de Meny Hellkin, petit détail dont je ne me lasse pas depuis que je l’ai appris, tout à fait par hasard. Le fossé qui sépare les deux groupes est un élément de plus qui attise une curiosité sans cesse renouvelée à propos du bouc autrasien. Pourtant pas surgi de nulle part (le bonhomme a un bon passé de musicien dans le hardcore/metal/truc et s’occupe de 213 records), The Austrasian Goat est un projet dont le mystère brumeux fait beaucoup pour le charme - vénéneux, le charme.

Ce single publié par Noxious Noize! records (un label de La Nouvelle Orléans…) et limité à cinq cents exemplaires numérotés est l’une des plus récentes productions d’un groupe aussi prolifique qu’une chaude-pisse animalière est douloureuse : t’as voulu te taper une chèvre ? et bien tu as eu le nez creux, celle-ci vient tout juste de se transformer en sorcière sous tes coups de boutoir diabolique. Witch est en effet naïvement dédié à toutes les sorcières du passé, du présent et du futur. Je dis naïvement parce que l’artwork un rien enfantin dans sa réalisation me pousse à ce genre de considérations, considérations qui sont très loin de me déplaire.
Sur la face A de ce joli vinyle rouge transparent The Austrasian Goat nous propose un Celebration touffu, son hyper crade (pas vraiment arrangé par la qualité médiocre du pressage), arpèges typiquement black metal et brouhaha rythmique au fond. Devant la voix hurle tout ce qu’elle peut de souffrance avant un break avec guitare acoustique, violoncelle et chant féminin, de quoi être agréablement pris au dépourvu dans cet océan de haine et de stupre satanique, décidément il n’y a que les voies du seigneur qui soient impénétrables.
De l’autre côté Amenorrhea continue dans le blasphématoire car c’est bien connu si tu ne respectes pas le précepte baisons mais baisons utile cher aux religieux hypocrites et frustrés tu es forcément une salope bonne pour le bûcher et le barbecue purificateur. Amenorrhea est un véritable petit chef d’œuvre de noirceur mélancolique (son intro au ralenti, le break du milieu avec ses couches de guitares qui copulent) et de violence convulsive (tout le reste). Un excellent single et un excellent disque de plus pour The Austrasian Goat qui n’en finit pas de nous épater.


vendredi 13 novembre 2009

Microfilm / The Bay Of Future Passed


The Bay Of Future Passed est déjà le troisième album de Microfilm, le meilleur groupe français de rock instrumental du monde, après un Stereodrama qui avait marqué les esprits et les mirettes grâce à des vidéos 3D vintage (c'est-à-dire à visionner avec des lunettes comprenant un filtre bleu à droite et un film rouge à gauche). Je fais exprès de parler de rock instrumental et non pas de post rock tout simplement parce que Microfilm est l’un des très rares groupes du genre à savoir insuffler une réelle énergie dans sa musique, vous coller de la trépidation entre les oreilles (et dans les yeux) sans avoir recours aux structures trop compliquées ni aux arpèges putassiers utilisés comme cache misère par les types qui s’écoutent incessamment jouer tellement ils n’ont rien à dire - c’est même pour ça qu’ils ne chantent pas ces abrutis - et nous font perdre notre temps et notre patience, pas très grande c’est vrai. Head records s’est chargé de la version CD de The Bay Of Future Passed et pour les ayatollahs accrocs au plastoc Rejuvenation, Theatre records, Migouri et Impure Musik se chargeront de la version LP, forcément beaucoup plus belle mais aussi plus chère et qui viendra plus tard lorsque tout ce beau monde aura fini de régler ses comptes et de payer l’usine de pressage. On se contentera donc pour l’instant de la version de douze centimètres qui en jette quand même pas mal.
C’est que visuellement The Bay Of Future Passed est une réussite avec son illustration rappelant un film des années 50 - Alfred Hitchcock ? Otto Preminger ? Rear Window ? Anatomy Of Murder ? non, aucun de ceux là : l’extrait de film utilisé sur Blood Sample est terriblement parlant (sic) et semble directement relié au visuel du disque sauf que je suis absolument incapable de mettre un nom sur le film dont il est effectivement tiré. Pour en revenir à la présentation même de l’objet, on remarquera aussi le petit trou dans le carton à l’endroit où la balle a traversé le corps et en bas à gauche se trouve la lettre G entouré d’un carré et de la mention suggested for all audience façon visa de censure américaine des films.





















Extraits de dialogues, références incessantes au cinéma : le principe de la musique de Microfilm n’a donc changé en rien depuis A Journey To The 75th (2004) et Stereodrama (2007). L’accroche est peut être un peu moins évidente car la vitesse de croisière des sept titres est un peu plus lente qu’auparavant et que le disque ne démarre pas sur un titre aussi flamboyant que Dpt 1, l’ouverture exaltante de Stereodrama. Brute Force se révèle être quand même un sacré moment de suspens musical, tout comme le passionnant Blood Sample déjà mentionné : si le rythme général est moins vivace, les ambiances plus froides, Microfilm arrive tout autant à vous harponner avec sa simplicité évidente (évidente simplicité ?) et réussit donc son pari de faire évoluer sa musique sans perdre l’auditeur en route, comme si on se retrouvait soudain en plein milieu d’un polar introspectif et futuriste - Alphaville ? non plus : la teneur du morceau titre The Bay Of Future Passed très indie pop évoquerait plutôt une sociologie sentimentale façon The Unbelievable Truth ou Trust Me. Mon seul regret concerne la deuxième version de Blood Sample fort heureusement placée en fin de disque, une version entièrement jouée au piano et rappelant les errements mièvreux d’un groupe instrumental écossais que je déteste tellement que je ne saurais le nommer ici.
Et pour celles et ceux qui ont toujours été gêné(e)s par l’utilisation des samples mixés en avant par rapport à la musique, sachez que de ce côté-là rien n’a changé : on les entend toujours aussi bien mais le film parcellaire qu’ils évoquent se fond complètement dans le paysage musical du groupe et inversement - le plus fort c’est qu’en concert cela fonctionne aussi parfaitement.